dimanche 1 novembre 2026

Les Garçons Perdus - Ou comment 1 an et demi de travail ne verra jamais le jour

On continue dans la rétrospective des 5 dernières années.💃

Le projet "Garçons Perdus", ou comment 1 an et demi de travail ne verra jamais le jour.
On pourrait croire que je n'ai plus sorti d'album BD depuis 2023 parce que je me suis tournée les pouces ensuite, mais que nenni !
 
Dans mon dernier post de 2021, Arrêt sur image, je mentionne "Les Garçons Perdus", un diptyque dans l'univers de Peter Pan, 
signé aux éditions Drakoo. Peut-être même que certain.e.s d'entre vous ont vu passé des extraits du travail en cours sur mes réseaux 
entre 2023 et 2024.
Alors que s'est-il passé ?
 
Au début, tout va bien. Un scénariste, dont ce sont les premiers albums, a ce diptyque en attente aux éditions Drakoo et cherche 
quelqu'un.e pour le dessiner. 
Il me contacte car il aime mon travail, je lis son scénario et le trouve vraiment chouette. J'y perçois un avis partagé sur le personnage 
de Peter Pan, avec une manière de le présenter et un propos que je n'ai pas encore vu aujourd'hui. Je fais des tests et banco, tout le 
monde est satisfait ! 
On s'engage donc, l'éditeur de chez Drakoo, le scénariste et moi dans cette nouvelle aventure.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La collaboration se passe bien, j'ai l'impression d'apprendre encore plein de choses sur ce nouvel album.
Le fait de ne pas gérer le scénario est agréable, comme c'était également le cas sur le premier tome du Grand Migrateur, et me permet 
de récupérer un peu d'énergie pour mes projets en solo et ma vie de famille.
J'essaie de vraiment me mettre "au service" de l'histoire du scénariste.
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les pages s'enchainent et le tome 1 arrive tout doucement au bout.
Il est un moment question de raccourcir l'histoire d'une dizaine de pages et de partir sur un gros one-shot plutôt qu'un diptyque pour des 
raisons commerciales, mais le scénariste et moi n'y tenons pas. Le contrat du tome 2 est donc signé et j'en commence les pages tout en 
planchant sur la couverture du tome 1.
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C'est ensuite que tout bascule.
 
Un matin, l'éditeur m'appelle pour me dire qu'on a un problème. Les représentant.e.s de Drakoo, chargés de présenter les nouveaux 
titres à paraître aux libraires, sont revenus en disant que plusieurs librairies d'une certaine région refusent de commander le tome 1.
Pourquoi ?
 
Parce que les libraires connaissent le scénariste, et qu'il se trouve que ce dernier a été condamné pour "détention et consommation 
de matériel pédopornographique."
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je suis évidemment sonnée, et l'éditeur aussi.
Il a bien entendu été vérifier les faits et confronté le scénariste avant de m'appeler. Il n'y a donc pas d'erreur, ni de doutes.

Nous nous mettons très rapidement d'accord que le travail s'arrête là. En dehors du fait que ni lui, ni moi n'ayons plus aucune envie 
de collaborer avec le scénariste, il est bien sûr impensable de publier des albums JEUNESSE avec quelqu'un condamné pour ce 
genre de chose.

L'éditeur me paie, de manière très règlo, les pages noir et blanc faites du tome 2 (j'étais quasiment à la moitié) et nous signons un 
papier de "rupture" de contrat, juste lui et moi.




 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La condamnation du scénariste datait de 2022, le contrat du tome 1 était déjà signé, même si nous n'avions pas encore commencé 
le travail dessus.
Il ne nous a, bien entendu, pas mis au courant de ce fait. 
Rien, même avec le recul, que ce soit dans le scénario des Garçons Perdus, dans les échanges que nous avons eu pendant la colla-
boration, ou l'unique fois où nous nous sommes rencontré, ne nous a mis la puce à l'oreille quand à cette réalité.
 
Je ne donnerai pas le nom du scénariste.
De même que les extraits des planches des Garçons Perdus resteront dans ce post et seront les seules traces du travail qui a été fait.

Je raconte tout ça aujourd'hui, d'abord pour expliquer ce qu'il s'est passé professionnellement pour moi, mais aussi pour témoigner de 
la réalité, parfois très proche, de la pédocriminalité.
Je lis sur des groupes WhatsApp de parents d'école, que certain.e.s râlent parce que les professeurs doivent passer par une plateforme 
spéciale pour y déposer les photos prises à l'école de leurs enfants (ce qui, déjà, est un sujet en soi). Que c'est un peu "abusé" de ne pas 
avoir le droit de les mettre directement sur le groupe WhatsApp des parents.
En fait, non. On a envie de faire confiance, mais on ne sait pas qui on côtoie.
À partir du moment où on met une photo sur les réseaux ou sur un groupe WhatsApp ouvert, on ne peut pas savoir sur quel téléphone elle atterrira.

Ce scénariste n'avait pas l'air méchant. C'est un monsieur tout à fait "normal", qui est lui-même père de famille et qui avait un boulot "normal" 
(il n'était pas uniquement scénariste). On ne peut pas savoir.

En plus, avec l'IA générative qui s'en mêle, toutes les images, y compris celles de nos enfant, sont encore plus sujettes à devenir "autre chose" 
et à, potentiellement, nourrir le réseau pédocriminel.
On n'est pas obligé d'y penser à longueur de journée, sinon on ne fait plus confiance à personne et on devient fou, mais cette réalité existe et 
elle existe parfois plus proche de nous qu'on ne le pense.
Soyons juste vigilant.e.s et essayons de rester dans la joie et l'enthousiasme quand même. ♥

Plus de joie et d'enthousiasme au prochain post, donc ! 😀