vendredi 5 octobre 2012

Les boules



Petit coup de gueule en ce moment où mon compagnon et moi sommes en pleine recherche de solutions pour obtenir un statut social qui corresponde à celui d'auteur de BD, statut qui se révèle être inexistant en fait.

Alors je ne fais pas ce post pour me plaindre des conditions financières liée à cette profession ni des problèmes de statut que nous rencontrons en ce moment mais plutôt pour attirer l'attention sur un fait essentiel de mon quotidien et qui me tient à coeur :

Être auteur de bande dessinée, c'est un METIER.
Et du travail à TEMPS PLEIN !



C'est pas parce qu'on fait un métier qui nous plait que :
-c'est des vacances.
-on vit dans un monde parallèle où l'on est protégé/adulé/détaché des problèmes financiers, personnels et sociaux que nous offrent la société réelle.
-qu'on peut facilement prendre un mi-temps à coté parce que bon, dessiner et inventer des histoires, ça prend pas toute la journée quand même.


Alors oui j'ai de la chance de faire le métier que je veux, mais j'ai bossé pour et je bosse pour le garder. Je me fiche de gagner peu du moment que je peux vivre avec (ooooh administration si tu m'entends), et je me fiche de ne pas avoir de week-end mais j'aimerais que les gens acceptent que faire de la BD de manière professionnelle, c'est un métier et pas un caprice de grand enfant qui ferait mieux trouver un travail convenable et utile à la société.

Tiens ça pourrait être une idée ça, on pourrait devenir "fonctionnaire de l'état" du coté de la santé publique. Après tout, qui n'a pas été sauvé de la déprime par un bouquin/CD/film ?
A creuser tout ça...
En attendant je me demande bien ce que mon titre de post va me valoir comme mots-clés.



Ha et sinon, je ne sais pas quelle place à la bande dessinée dans votre vie, si elle est inexistante, intéressée ou passionnée mais il y a une initiative sympa qui est en cours :
En voici la bande-annonce qui me semble fort prometteuse et qui apprend déjà beaucoup de choses en à peine 3min.



Si vous avez envie d'aider les auteurs à ce que leur "métier" soit mieux reconnu, hésitez pas à donner un coup de pouce :).
C'est juste ici => "Sous les bulles"

Allez ! On mange un petit bout et on retourne au travail !
Bonne journée à vous !

7 commentaires:

  1. Oh Louise, tu viens d'écrire clairement et justement ce qu'il y a souvent dans ma tête. Il faudrait que beaucoup de gens de notre entourage s'en rende compte, ça éviterait bien des tensions en repas de famille notamment...

    Ma grand-mère, par exemple, qui regarde beaucoup TF1, me propose régulièrement des idées de métier. La plus marquante à son actif est celle-ci:

    "-Ma chérie tu sais, l'autre nuit, j'ai vu une émission à la télé et, mon Dieu que j'ai pensé à toi! (Souvent elle ne dort pas la nuit, elle regarde la télé) C'était une jeune femme, à peu près ton âge, qui habitait dans la montagne, je sais plus où en France, et son métier c'est d'apporter le pain au p'tits vieux qui vivent trop loin d'la ville et qui peuvent plus s'déplacer quoi.
    - Ouais, c'est cool, elle fait un chouette travail cette femme, mais pourquoi t'as pensé à moi?
    - Mais pourquoi qu'tu f'rais pas un métier comme ça toi? T'es sociable, t'aime aider les gens, ça t'irais bien comme métier! Tu voudrais pas avoir une camionnette et aller apporter du pain aux vieux dans la montagne? Et puis comme ça tu s'rais en France, tu s'rais moins loin quoi."(Sachant qu'entre le bled où elle vit et n'importe quelle montagne française, il faut au moins 8h de route. Entre son bled et Bruxelles, il faut 5h, bref.)

    Oui, c'est un peu comme si il fallait trouver une solution à mon problème. Mon problème, c'est que j'ai 27 ans et que je veux être auteur de BD, illustratrice. Que je gagne pas un vrai salaire et que souvent je "travaille" pas, au sens préjugé du terme. Que l'art, c'est même pas un métier d'abord.

    "Et puis t'aurais une situation. Ou pourquoi qu'tu t'mets pas à ton compte, ici, à Vibraye? chais pas, tu pourrais vendre des trucs, t'es intelligente. Souvent j'm'inquiète pour toi. Mon Dieu! Tu t'rends comptes que tu fais du souci à ta vieille mamie?"

    Bon, sur ce, je dois me remettre au travail là! J'ai des dessins à faire! Mouahahahahahaha!!

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  2. Ouh, le trailer promet du bon ! Et la présentation sur le site aussi !

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  3. Marie => Haha j'imagine trop bien la scène :D ! De mon coté niveau famille, ça va, la BD n'est pas un monde obscur pour eux mais je sais bien que ce n'est pas le cas de la majorité des auteurs/dessinateurs/créateurs et j'imagine que ça doit être les remarques les plus douloureuses à supporter. Même si, je m'en fais pas pour toi, vu ta facilité à relativiser et ta pêche légendaire ! ;)

    Tian => Oui, j'espère vraiment qu'elle arrivera à rassembler les fonds nécessaires !

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  4. Et si la culture (qui inclue l'art) était la pilier de la construction de notre société de demain?! Oh bah tiens la bonne idée!


    "Discours prononcé en 1848 par Victor Hugo devant l'Assemblée Nationale"

    "Personne plus que moi Messieurs, n'est pénétré de la nécessité d'alléger le budget. J'ai déjà voté et je continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l'exception de celles qui me paraîtraient tarir les sources même de la vie publique, et celles qui, à côté d'une amélioration finan- cière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine. C'est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j'appellerais le budget spé- cial des lettres, des sciences et des arts. Que penseriez vous, messieurs, d'un particulier qui aurait 500 francs de revenus, qui consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste : 5 francs, et qui, dans un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous. Voilà, messieurs, la mesure exacte de l `économie proposée. Eh bien ! ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d'un pays civilisé, on ose le conseiller à la France. Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite; je vais vous montrer maintenant com- bien le ravage serait grand. Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'ins- titutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française. Et quel moment choisit-on ?

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  5. C'est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commen- çant. Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir. Eh bien ! quel est, en effet, j'en appelle à vos consciences, j'en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toute part. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance ! On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu'il faut allumer des flambeaux pour les esprits ? Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Eh bien, comment combattre le déve- loppement des tendances matérielles ? Par le développement des tendances intellectuelles, il faut ôter au corps et donner à l'âme. Quand je dis ; il faut ôter au corps et donner à l'âme, vous ne vous mépre- nez pas sur mon sentiment. Vous me comprenez tous, je souhaite passionnément, comme chacun de vous, l'amélioration du sort matériel des classes souffrantes, c'est là, selon moi, le grand, l'excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos voeux comme hommes et de tous nos efforts comme législateurs. Eh bien ! la grande erreur de notre temps, a été de pencher, je dis plus, de cour- ber l'esprit des hommes vers la recherche du bien-être matériel, et de le détourner par conséquent du bien-être intellectuel. Il importe Messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser, pour ainsi dire, l'es- prit de l'homme, il faut, et c'est là la grande mission, la mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C'est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société. Pour arriver à ce but, Messieurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'études où l'on médite, où l'on s'instruit, où l'on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot, il faudrait faire pénétrer de toute part la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd. Ce résultat, vous l'aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un magni- fique mouvement intellectuel, ce mouvement, vous l'avez déjà ; il ne s'agit pas de l'utiliser et le diri- ger, il ne s'agit que de bien cultiver le sol. L'époque, est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes, ce qui manque, c'est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement. Je voterais contre toutes les réductions que je viens de vous signaler, et qui amoindriraient l'éclat utile des lettres, des arts et des sciences. Je ne dirai plus qu'un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise regrettable ; vous avez cru faire une économie d'argent, c'est une économie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignité de la France, je la repousse pour l'honneur de la République."

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  6. Mais tout à fait monsieur Hugo !
    C'est dur de se dire qu'un discours d'il y a plus de 150 ans, sensé faire bouger les choses, est toujours d'actualité aujourd'hui :s.
    Hé bien je pense qu'il va falloir insister !

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  7. Ah oui j'avais vus le trailer! Intéressant le discours effectivement, je dirais que l'Art et les moyens d'expression qui vont avec : écriture, musique, livre, films, jeux-vidéos (OUI messieurs famille de France! :D), font partie des indispensables source de créativité et donc d'une certaine forme de spiritualité, qui manque cruellement à la société d'aujourd'hui, certes les gens se jettent encore sur les biens matériels, pensant que ça va leur apporter le bonheur absolu, alors que ça ne fait que les frustrer et vider leur porte feuille...

    Ce qu'il faut dire aussi, c'est que toutes ces sources de création aujourd'hui ont été un peu corrompus par les gens qui veulent faire du fric à tout prix, en sortant n'importe quoi et en faisant bosser n'importe qui, ça ne vient pas arranger les problèmes de la profession, ni ne joue en faveur d'une reconnaissance de notre statut. Je me suis toujours demander d'ailleurs pourquoi les autres artistes avaient un statut d'intermittent du spectacle, alors que les écrivains et dessineux, que dalle...C'est pas histoire d'avoir un salaire et être payer à ne rien faire, mais effectivement les gens ne pensent pas que la création ne peut naître que dans certaines conditions, notamment comme tu le dis Louise, on peut difficilement créer après avoir passé 8 heures à bosser dans autre chose, quand on rentre on est lessivés ensuite, mis à part pour certains forcenés peut-être.

    Enfin, comme m'avait dit une pote illustratrice/dessinatrice BD "c'est un métier encore jeune, il faut lutter pour faire reconnaître nos droits!", Tout reste encore à faire, alors aux arm...Crayons, amis dessineux! :D

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